Quand quelqu'un tombe amoureuse de toi, vraiment amoureuse, c'est une magie. Citation de Sim
- Samuel Desbiens
- 25 mai 2017
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Septembre 1976, Christine était différente depuis un certain temps, elle avait changé. Nous étions toujours inséparables, mais elle agissait drôlement avec moi. Il lui arrivait souvent de se coller sur moi, de mettre une main sur ma cuisse, de me frôler les mains. Le regard qu'elle posait sur moi était plus sourieur qu'avant, elle pouvait me fixer de longues minutes, ce n'était pas dans ses habitudes. Sur la pause du midi, nous étions assis près de ma case et elle me demande: « tu aimes les garçons ou les filles ? »
« Que veux-tu dire par là ? »
« Tu aimerais être amoureuse d'une fille ou d'un garçon ? »
« Voyons, la question ne se pose pas, les filles ne sont pas amoureuses ensemble, ça n'existe pas. »
« Si, ça existe, ma mère aime une autre femme, maintenant j'ai deux mamans et un papa. »
« Et ton père ? »
« Il est parti. »
Je comprenais ce qu'elle me disait, en même temps, c'était un choc. Je n'avais aucune idée de ce que cela impliquait d'être deux femmes amoureuses.
Christine me sort de mes pensées en disant:« Alors, tu aimes les filles ou les garçons? » Je ne voulais pas répondre à cette question, si je lui dis les filles, elle va croire que je suis comme sa mère. Il me faudra lui expliquer que j'aime les filles comme un garçon aime les filles. La seule réponse qui me vient: « Je vais aimer une personne, pour le moment je ne suis pas prêt à aimer quelqu'un, je n'ai pas envie de parler de ce sujet. »
« D'accord »
C'était après l'halloween, Christine gardait la fille de la blonde de sa mère, une fois la petite couchée, nous sommes allés écouter un film dans sa chambre. Sans m'y attendre, elle sait tourner vers moi et m'a embrassé. Puis, elle m'a observé pour voir ma réaction. Je ne peux pas très bien expliquer comment je me sentais dans ses minutes là, un mélange de: qu'est-ce qui s'est passé au juste et d'euphorie. Elle finit par me dire: « je t'aime depuis longtemps. »
« Je ne savais pas. » « Je sais, ça fait plusieurs mois que je t'aime, autrement que comme une amie. » « Pourquoi, tu ne me le disais pas. ? » « Parce que, l'on sait jamais ce que tu penses vraiment, tu réponds que très vaguement à mes questions.» « C'est pour ça toutes ces questions l'autre jours. » « Oui. » « J'aime les filles aussi. » « Alors, tu m'aimes. » « Oui. »
Je ne pouvais pas lui parler du petit homme dans ma tête, Christine était comme sa mère, elle aime l'amour des filles, mais pas des gars. C'était complexe d'en parler, comment expliquer à Christine que depuis que je suis petit, je me sens être plus un garçon qu'une fille. Ma vision de moi-même et de mon corps n'est pas la même que celle qu'elle voit de moi. Je refoule, ce petit homme dans les coins sombres de ma tête pour ne pas avoir de problèmes avec les autres. Comment lui faire comprendre que mon désir le plus cher, est que l'on m'autorise à vivre comme un gars.
Au solde d'après Noël, Christine voulait que l'on magasine, ma mère m'avait donné un petit budget, je n'avais pas renouvelé ma garde-robe à l'automne et ça s'imposait.
Christine se dirige droit vers le département des garçons ( adolescent ), un peu surpris, je la suivais. Elle regarde quelques vêtements qu'elle met dans le panier, puis elle me fait signe de la suivre vers les cabines d'essayage. Elle me met la pile de vêtements dans les bras et me dit: « va essayer ça. » J'avoue que cela m'excitait, ce qu'elle avait choisis me plaisait.
Une fois les vêtements sur moi, je me regarde dans le miroir, tout allait parfaitement, mon cœur s'est emballé. Ce que je voyais dans le reflet, c'était un garçon et j'ai sourit. Quand je suis sorti de la cabine, j'ai demandé à Christine: « comment savais-tu que ça me plairait.» « Tu n'es pas comme moi, tu n'aimes pas les vêtements de fille, tu ne te maquille jamais, tu n'es pas féminine pour un sou. Ma mère m'a parlé d'une personne qui n'aime pas être un gars et qui s'habille en fille. Ça m'a fait penser à toi. » « Tu dis n'importe quoi, ce n'est pas mon cas. » « Avoue que tu n'aimes pas être dans des vêtements de fille . » « C'est vrai. » « C'est à toi de voir, tu n'es pas obligé de les acheter si tu n'es pas sûr, pour moi ça change rien, je t'aime tel que tu es. »
J'ai acheté les vêtements, en me disant que j'allais y repenser plus tard. Au pire, je vais les mettre dans l'intimité de ma chambre, juste pour me sentir bien un court instant et me faire plaisir dans le reflet de mon miroir. J'ai montré les vêtements à ma mère, elle n'a rien dit. Je crois qu'elle avait déjà compris que se battre pour que je porte des vêtements plus féminin était inutile. Sans doute pensait-elle que c'était la crise d'adolescence.
Dans les faits, je n'étais pas encore prêt à mettre les nouveaux vêtements dans mes sorties publiques, je me contentais de les mettre les samedis chez Christine ou chez moi quand j'étais sûr de ne pas sortir. Mon petit homme dans ma tête avait donc droit à quelques heures de liberté.
Extrait de mon journal intime

Salutation!