Conte de noël des temps modernes
- Samuel Desbiens
- 9 déc. 2017
- 7 min de lecture
« Où suis-je? » se demande Maryse.
« Maryse c'est soudainement retrouver devant d'immenses portes or, si brillantes qu'elles en sont aveuglantes. Autour d'elle flotte une brume aussi fraiche que légère. Elle a cette curieuse sensation d'être dans le vide, sous ses pieds il n'y a pas de sol. Elle est portée comme sur un nuage.
Près des grandes portes, il y a une sonnette, elle s'approche, il y a là une petite affiche, il est écrit: SONNEZ ICI.


Le temps s'écoule lentement dans ce curieux endroit, comme si le temps n'avait pas de poids sur le temps. Elle constate que le temps n'a plus la même importance qu'avant, ici elle a tout son temps. Elle attend simplement sagement qu'on vienne lui répondre.
« Où j'étais juste avant d'être ici? »
Elle cherche dans sa mémoire et subitement elle revoit toute la scène qui là mener jusqu'à ce lieu énigmatique.
« J'étais dans ma voiture, je me rendais remettre mon manuscrit à mon éditeur et puis:

Et j'apparais ici, un accident? Je suis au paradis peut-être? »
6 heures 59 minutes avant


Maryse ouvre péniblement ses paupières lourdes d'un sommeil encore profond, elle vient juste de prendre conscience que c'est son cellulaire qui la tire de son rêve. Elle s'étire le bras pour atteindre son cellulaire sur le table de chevet.
« Hello! Auguste, tu es plus que matinal, tu es tombé en bas du lit ma foi, il n'est que 5h00 du matin, qu'est-ce qui presse tant?
« Désolé Maryse de te réveiller, tu dois me remettre ton manuscrit aujourd'hui avant 11h59 minutes tapant et pas une minute de plus, rappelles-toi nous sommes le 24 décembre, si tu dépasses ce délai, je ne pourrai plus rien faire pour te sauver.»
« Voyons Auguste, calme toi, tu ne vas pas me dire que tu crois encore à cette prophétie ridicule? »
« Pauvre Maryse, c'est du sérieux, on sait bien la jeunesse, vous ne croyez en rien, vous croyez seulement ce que vous voyez qu'avec vos yeux, des vrais Thomas votre génération.»
« Bon, bon Auguste ne t'énerve pas comme ça, je vais t'apporter mon manuscrit aujourd'hui avant 11h59 minutes pas une minute de plus, promis. Ça te rassure? »
Elle raccroche et dépose son cellulaire sous les couvertures. Ronron, le chat monte sur la couette et vient se blottir contre sa maîtresse, son ronronnement ramène Maryse dans un sommeil aussi profond que celui dans lequel elle venait d'être tiré.

Maryse sursaute et se redresse brusquement sur son lit.
« Quel est ce bruit.»
Elle enfile ses pantoufles et sa robe de chambre, elle se précipite dans la cuisine suivit derrière par Ronron craintif.

Le bruit vient de la cheminée. « Bizarre, je croyais que l'ancien propriétaire l'avait condamnée avec du ciment à son extrémité. Surement un morceau qui s'est détaché pour faire un tel vacarme. Bon, Ronron on verra ça plus tard. Au juste quelle heure est-il? Oh! mon doux 10h00 déjà. Le temps de prendre ma douche, m'habiller, me rendre au centre-ville va me prendre au moins un bon vingt minute sans trafic. Je suis mieux d'avertir Auguste que j'aurai quelques minutes de retard. Pauvre Auguste, c'est juste un vieux fou de croire à cette stupide prophétie. »


« Pas de réponse. »
Elle se dirige vers la salle de bain, ajuste l'eau de la douche et pénètre cette bruine chaude et si apaisante. Elle savoure ce moment plus longtemps qu'elle ne l'aurait voulue.


« Bonjour, vous avez rejoint la boîte vocale de l'écrivaine Maryse Savoie, laissez-moi un court message et je vous rappelle aussitôt que possible. Merci! BIP! »
« Balzouel Maryse, j'espère que tu es déjà en route pour chez moi, il ne te reste que 14 minutes avant le grand malheur. »
Auguste ne tient plus en place tant son inquiétude est grande, il a les mains moites et des perles de sueur coulent sur son front. Va-t-elle arrivé à temps? Il le faut. Il ne peut se faire à l'idée d'essuyer un échec.
À la sortie de la douche, Maryse se dirige vers sa chambre sans trop se presser pour s'habiller, sans voir le petit clignotant rouge qui insiste sur son répondeur.
Elle choisit de mettre un pantalon noir avec une blouse assortie et ses longues bottes noires. De retour dans la salle de bain, elle sèche ses cheveux, un peu de fard sur les joues, de l'ombre sur ses paupières, du rouge sur ses lèvres lui redonne un teint lumineux.
« Bon, ça va faire l'affaire, après tout Auguste ne remarque jamais ce genre de détails et puis après avoir déposé mon roman, Ronron je reviens ici. »
Elle enfile un long manteau vert et saisit son porte-document, une petite caresse à Ronron.

« Sois bien sage Ronron, j'en ai pour à peine une petite heure et demie. »
Elle ferme la porte presque au nez du chat qui serait bien aller faire une petite tournée du quartier par cette belle matinée ensoleillée.
Une fois en route, elle allume la radio.
« Bonjour, chers auditeurs, aujourd'hui en ce 24 décembre, nous sommes assurés d'avoir un Noël vert. La température demeure fraiche sous la barre du zéro mais pas un seul flocon n'est à prévoir pour les prochains jours. »
Brusquement, une forte rafale de vent vient prendre par surprise Maryse, la force du vent tasse le véhicule de celle-ci dans la voie inverse.
« Ouf! heureusement qu'il n'y avait pas d'auto qui venait à ma rencontre, je suis bénie. »
Elle poursuit sa route en ralentissant sa vitesse, elle doit tenir le volant fermement à deux mains, le vent farouche fouette le véhicule de Maryse dans tous les sens, elle peine à tenir la route en ligne droite. Tout d'un coup, voilà que la neige se met de la partie.
« Curieux, la météo, pourtant elle ne prévoyait pas de neige. »
Rapidement la visibilité est nulle, impossible de voir à 2 pieds devant, tellement que Maryse doit réduire la vitesse à 20 km/h. La route se couvre d'un épais manteau blanc instantanément. Maryse n'avait jamais vu pareil phénomène météorologique de sa vie.
Une manifestation du temps assez insolite, absolument hallucinant, pensait Maryse. La neige couvre seulement la route, remarque-t-elle, le paysage de chaque côté du chemin est complètement dénudé de neige et le soleil brille. On dirait que le mauvais temps est seulement au-dessus de ma tête conclut-elle. Et puis...



« Bonjour vous êtes pile à l'heure. Nous avons reçu votre bouquin à 11: 59: 59 secondes, je viens d'en finir la lecture.»
« Ah! bon, quelle heure est-il donc. »
« Midi sonnant. »
« Quoi! vous avez lu un roman de 360 pages en une seconde seulement, c'est incroyable, quelle sorte de personnage êtes-vous dont pour pouvoir faire un exploit pareil? »
« Ici le temps a une emprise sur le temps que le 24 décembre avant 11: 59: 59 après ce délai une seconde est l'éternité, si je peux dire cela ainsi.»
« Vraiment, où suis-je ? J'ai eu un accident, je suis morte, je suis au paradis c'est ça? »
« Non, vous êtes entré dans une dimension parallèle à votre monde, les univers parallèles ce n'est pas de la science-fiction comme plusieurs personnes de votre monde aiment le croire.»
« Pourquoi suis-je ici? »
« Vous êtes ici pour que l'on vous accorde votre vœu le plus cher, c'est en fait votre cadeau de l'univers pour Noël. »
« Elle est bonne celle-là, pincez-moi, je rêve. Je n'ai pas fait de vœu pour Noël. »
« Pourtant, oui , sinon vous ne seriez pas ici. On ne fait jamais d'erreur. »
« Vous êtes genre un Père Noël? »
« Pauvre enfant, le Père Noël est une invention commerciale de votre monde pour inciter les gens à dépenser. »
« Alors quel rapport avec mon roman ? »
« Votre roman décrit la vie secrète que vous aimeriez vivre, le titre: JE VEUX ÊTRE UN HOMME est votre histoire, c'est ce que vous désirez le plus au monde, vivre votre vie en tant qu'homme, n'est-ce pas? »
« Attendez, comment avez-vous eu copie de mon roman puisque celui-ci est dans mon porte-document? »
Maryse ouvre son porte-document pour y vérifier son contenu, le roman n'y est pas. Comment cela est-il possible, elle se souvient clairement l'avoir mis dans son sac la veille.
Elle se rappelle Auguste avec sa prophétie loufoque du 24 décembre, ce n'est pas à quoi ce vieux fou voulait tant me protéger?
« Vous êtes donc l'homme de la prophétie qu'Auguste me parlait, il a essayé de me prévenir d'un grand malheur en me retrouvant ici. »
« Auguste était l'un des nôtres, il exécutait les vœux, un 24 décembre, il décide de ne pas exécuter le vœu d'un jeune homme qui voulait remplacer sa jambe artificielle pour une jambe normale. Auguste avait décidé que ce vœu n'était pas valable. Mais ici, nous n'avons pas le pouvoir de décider qui mérite son vœu ou pas. Nous l'avons expulsé de notre dimension. Nous avons le pouvoir d'apparaître dans toutes les dimensions de l'univers. Auguste a donc décidé de vivre dans votre monde par vengeance. Chaque fois que quelqu'un de votre monde écrit un vœu, Auguste fait tout en son pouvoir pour prendre possession de ce précieux document pour le détruire avant 11: 59 minutes le 24 décembre de chaque année. »
« C'est méchant, et il y parvient souvent? »
« Oui, malheureusement quelques fois, nous ne pouvons rien faire. »
« Donc si je comprends bien, je suis l'heureuse élue de cette année, vous allez faire de moi un homme et me retourner dans mon monde. Voyons c'est insensé, comment puis-je surgir comme ça, pouf! en homme, personne ne me reconnaîtra, ils ne sauront pas que c'est moi, je vais me retrouver seul, isolé en étranger parmi les miens. Ce n'est pas tout à fait comme ça que j'imaginais mon existence d'homme. »
« Ne vous en faite donc pas, Ludovick, pour tous les tiens et vos connaissances, ce sera comme si vous étiez né du genre masculin, nous effaçons les mémoires et nous la remplaçons par votre nouvelle réalité. Laissez-moi ouvrir une fenêtre de votre futur. Regardez, vous vivez une vie parfaite. »
« Je rêve, dites-moi que ce n'est pas un rêve. »
« Vous ne rêvez pas Ludovick, cela est bien réel, regardez-vous. »

L'instant d'après, Ludovick se retrouve dans sa voiture en direction du bureau de son éditeur, la température est splendide et rend cette ballade agréable, il a le cœur léger et d'humeur agréable. Il regarde sa montre, il est midi une. Il est fier de son nouveau livre: Le miracle de la vie.

